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Toshiro Bishoko

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Toshiro Bishoko

Toshiro Bishoko est directement  né à 17 ans, dans l'indifférence générale et la clandestinité ouatée d'une fausse clinique vétérinaire de banlieue zurichoise, spécialisée en insémination artificielle. 

A cette époque on commençait déjà à parler d'un complot extraterrestre sans vraiment en connaître l'ampleur réelle et c'est dans ce contexte géopolitique instable que TB fut immédiatement abandonné par sa mère belgo-bouroundaise (Helen Steinbock) résidente à Anvers en Belgique, et son père mexicano-portoricain (Ricardo Reyes) habitant Silver Lake, L.A.

Le cœur lourd et l'esprit léger, il erra dans Paris, Londres, Varsovie en écoutant les Sparks et les Buzzcocks.

Il découvrit Warhol, Haring et Basquiat en décryptant Actuel - il fut ensuite ébloui par les œuvres de Diane Arbus et John Coplans dont il déroba les catalogues à la bibliothèque de la Villa Saint-Clair à Sète.

Dès lors il ne cessa de peindre et de faire des photos en espérant que cela ne s'arrêterait jamais plus. S'installant à Nice dans les années 90, il y rencontra son maître  (Ben Vautier) puis sa grand-mère adoptive japonaise (Yoko Gunji) et son grand-père paternel (Joseph Mailland).

Ils lui apprirent l'art  de la céramique, les bases de la vidéo, les lois de la perspective et celles des aplats noirs à l'acrylique.  Ami d'Hélène Arnaud, il adopta le look psychobilly tout en écoutant les derniers échos électrolysergiques du summer of love 1988.

Il apprit également par cœur  Les Inrockuptibles durant ses cinq premières années de parution et singea Bukowski dans sa chambre universitaire.

C'est en lisant  Céline ou Hubert Selby Jr sous l'œil  bienveillant du fantôme de  Pierre-Joseph Arson qu'il expérimenta le cocktail alcool/tranquilisants/ MDMA avec autant de ferveur qu'il admirait l'intelligence et le charisme de Christian Bernard déjà prophète en son pays. En 1997 il partit se réfugier à Anvers et Bruxelles après avoir survécu à un syndrome de Stendhal.

C'est en mars 2000 que TB fit  son entrée dans mon esprit par l'intermédiaire d'un animateur radio qui, pour illustrer son propos à l'antenne, inventa spontanément Toshiro Bishoko pour citer un  disc jockey japonais qui venait à Paris faire un set ce soir-là et dont il avait oublié le nom exact. 

Dès lors j'associai ce Toshiro Bishoko désincarné à l'auteur d'une histoire que je venais juste de finir d'écrire par ennui et  prétention littéraire non assumée. Ce premier texte fondateur fut publié par Les Inrockuptibles quelques mois plus tard, à la rubrique des lecteurs, ce qui me rendit fier de moi et de mon nouvel ami invisible. 

Par la suite j'écrivis d'autres textes, plus ou moins autofictionnels ou pseudo-journalistiques, signés TB, oubliés à jamais ou publiés dans Spore .  En me cachant derrière ce nom, j'avais soudain accès à des modes de création que je m'interdisais d'utiliser jusque là. 

Alors je décidais de continuer à écrire sous ce pseudo mais aussi à lui attribuer des compétences techniques dans une approche “warholienne décomplexée” de production d'objets, de concepts potentiellement générateurs de profit ou tout simplement limitrophes de la sphère artistique, au sens “noble” et “classique” du terme.

En novembre 2000 je reçus d'un ami (Gauthier Tassart) un programme d'échantillonnage sonore “Sound Edit” que j'installais fébrilement sur mon ordinateur, un Power Mac 8100. Je l'utilisais d'abord pour faire une création musicale commandée par Gilles Barbier puis, de façon obsessionnelle, pour fabriquer des morceaux électroniques expérimentaux, naïfs et oniriques, qui finirent rapidement par se retrouver sur : Can't Buy Me Glo-hove le premier album autoproduit de Toshiro Bishoko, Prince de Bontempi TM.

Les mois se succédèrent, le second album arriva rapidement et au quatrième album, je réussissais  en parallèle le concours d'entrée au Conservatoire de Marseille en section électroacoustique dans la classe de Pascal Gobin.

  J'allais enfin apprendre à ÉCOUTER, pendant que les parcours musicaux de TB et Denis Brun se mélangeraient petit à petit dans une joyeuse schizophrénie sonore à large spectre, se déployant aussi bien sur de la vidéo que sur de la performance ou du CD audio.

  Je passais trois ans de bonheur  acousmatique au Conservatoire  et en juin 2004 je partis pour  une résidence de six mois à Los Angeles où je rencontrai une styliste-musicienne japonaise (Lun*na Menoh) mariée à une figure incontournable de l'underground Los Angelino (Tosh Berman).

Je collaborai à une collection qu'elle recomposait d'après plusieurs souches vestimentaires différentes et  que Toshiro Bishoko sérigraphiait en phase finale. Boosté par cette énergie nouvelle, je créai une série de t-shirts et de chemises ré-imprimées par TB, achetées en fripes puis vendues dans mon atelier, grace au bouche à oreille et chez Tetsu, une boutique de créateurs à Hollywood. 

Pendant ce temps, TB serrait  la main de Marilyn Manson après avoir fait la queue pendant six heures pour obtenir une dédicace du groupe sur un maxi-picture rouge de Personnal Jesus.

La semaine suivante il assistait au dernier concert de la tournée américaineLest we forget avant de se rendre à San Diego. 
Il y rencontra par hasard le batteur de Ween qui lui permit de les voir en concert en l'inscrivant in extremis sur la guest list en échange d'un t-shirt TB.

Au retour de la résidence, je m'arrêtai en Belgique où j'avais un très bon ami restaurateur (Laurent Olivès) et une quasi double vie depuis quelques années. 

J'y séjournais très régulièrement afin d'y réfléchir, de faire du vélo, des collages, des dessins, ou tout simplement pour vivre sous la lumière du Nord et disparaître dans le paysage du double plat pays. 

Deux amis d'amis, noctambules invétérés peu enclins au sommeil, issus pour l 'un de la mode et pour l'autre d'un roman de Brett Easton Ellis, me proposèrent de faire ce que je voulais pour ajouter une touche “arty” à leur restaurant branché, Easy Tempo. 

Toshiro Bishoko accepta leur offre et leur proposa trois caissons lumineux blancs représentant un visage de top model des années 60, en noir et blanc sur trois fonds colorés différents. Clin d'oeil appuyé  au pop art et à l'esthétique Génération X de la pochette  de disque rétro sixties des années 80.

L'installation mise en place porte le même nom que le dernier album de TB : Fashionvictimismet reçut un accueil très favorable de la clientèle. 

De retour à Marseille, Toshiro Bishoko termina son dixième album et fonda Damned und Herren avec  Sandy Ohmygod! et ils se produisirent pour Borderline Calling, un concert unique de Prötö-Music à l'Usine d'Istres, en compagnie de trois autres formations expérimentalement variées.

Au moment où j'écris ce texte, je ne sais plus exactement où se trouve TB mais au moindre vacillement de mon intégrité créatrice, il sautera dans le  premier avion, train, autobus  ou taxi pour se rendre là où je ne pourrai aller.

Il est doux, lorsqu'on se trouve en sûreté sur le rivage, de voir la mer, agitée par la tempête, exercer sa fureur sur des  malheureux, non pas que  l'infortune d'autrui donne du plaisir, mais parce qu'il est  toujours agréable de n'être que le témoin de maux que l'on ne partage pas.

Lucrèce, De la nature

 

Denis Brun in Juin 2007