LIMINAL SPRING-BREAK
Liminal Spring-Break — Peintures 2025 – 2026
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Que se passe-t-il quand, à force de voir quelqu'un faire des copies d'œuvres d'art, on a soi-même envie d'en réaliser ? On peut refouler la pulsion, un peu honteuse, de visiter une habitation célèbre en l'absence de ses propriétaires, et de s'inviter momentanément dans le frigidaire, la pharmacie, puis dans la cave à vin.
Ou alors, on travestit ce désir contagieux. Ainsi, on le rend plus acceptable, socialement, intellectuellement et culturellement. On y ajoute des éléments de son propre univers en les faisant se télescoper avec le domaine pictural visité, voire plus si affinités.
Dès lors, il n'y a presque pas d'infraction, mais un démarchage à domicile plutôt flegmatique, afin d'organiser une fête chez un hôte gentiment parasité qui, dans le pire des cas, passera un moment inattendu, peut-être étrange, mais toujours empreint de respect et pourquoi pas d'humour comme de réflexion à divers niveaux.
L’artiste copié ne sera jamais envahi, nié ou spolié.
Durant la procédure de remixage festif, il ou elle rencontrera probablement des personnages singuliers, et vivra on l’espère, des sensations nouvelles, avant de retomber dans le confort de son historicité artistique, douillette et mainstream.
Cette envie de copier, telle un effet secondaire créatif un peu plus frontal que d’habitude, m’est apparue alors que je revenais d’un séjour à Nice, chez un ami de longue date passionné de chiffres, de gestion, de programmation, d’IA, et de reproduction de peintures modernes ou contemporaines, à l’acrylique sur châssis entoilés.
Le hasard voulu qu’il habitât sur une colline voisine de celle abritant l’école d’art où j’avais fait mes études, à la fin d’un vingtième siècle se rêvant village global, juste après le deuxième et dernier « Summer of Love » anglais.
Mais revenons à mes centons.
Jusqu’à présent, j’avais pu me contenter de m’approcher poliment de l’esprit de Wharhol et de m’en inspirer selon un large spectre, pour aborder mon propre travail.
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Do You Have Time -1
Acrylique, encre de Chine, glycéro et collage papier sur papier — 150 × 150 cm — 2025
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Die blauen liebhaber (do you have time ? - Remix 1)
Acrylique, encre de Chine, glycéro et collage papier sur papier. - 165/150cm - 2025 |
Avec cette première peinture de J.M. Basquiat trouvée sur un catalogue officiel, rien ne semblait fluide ni gagné d'avance. Rapidement, après avoir fait le montage Photoshop à vidéo-projeter puis à décalquer, j'ai compris que je n'avais pas le bon bleu, vraiment pas…
Ce bleu était ignoble et m'écartait un peu trop de ma zone de confort minimale.
Alors, après avoir entièrement peint le fond de l’image en devenir, je le repassais avec une couleur plus appropriée en ne gardant que quelques « zones témoin » à l’intérieur du lettrage.
Je m’émancipais soudain de mes propres démons, et me retrouvais devant une peinture presque terminée, mais encore boiteuse.
En fouillant dans mon atelier, mes yeux se portèrent sur un morceau déchiré de sac publicitaire en papier que je gardais depuis des années pour dieu sait quelle évanescente raison.
Certes, le jaune ne « matchait » pas vraiment avec celui de la peinture, mais l’adjectif arboré entre parenthèses sur la guenille de papelard me faisait penser à une potentielle et oportuniste collaboration de fin de carrière, comme si, dans un monde meilleur, J.M.B ne C.T pas K.C en O.D.
Encore un peu de Photoshop pour vérifier que oui, c’était l’accessoire indispensable à une œuvre « équilibrée-mais-pas-trop », et le tour était joué. |
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Do You Have Time -2
Acrylique, encre de Chine et glycéro sur papier — 150 × 150 cm — 2026
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Die blauen liebhaber (do you have time ? - Remix 2)
Acrylique, encre de Chine, glycéro et collage papier sur papier - 150/150cm - 2025 |
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La tentation de reproduire la composition, en miroir, avec quelques variations chromatiques de dernière minute, s'imposa d'elle-même, comme l'irrépressible envie de retrouver son premier flash une fois la chasse au dragon engagée.
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De La Confiture A.W.
Acrylique et encre de Chine sur papier — 150 × 200 cm — 2026
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Quoi de mieux pour attirer une créature mythique volante et crachant du feu, que de lui proposer du jambon et de la confiture.
Mais attention, la charcuterie doit être vivante, souriante et innocente, sinon, le charme n'opère pas et l'on se retrouve prisonnier d'une image décorative.
Mais alors me direz-vous, à quoi voit-on que cette peinture vit, respire, dort, mange, et se moque éventuellement de vous ?
À son titre, issu d’un détournement de bon sens, et au fait que le noir, dans le cas présent, illustre le hurlement des fruits que l’on réduit à l’état de confiture, prête à s’étaler en circonvolutions joyeuses. |
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Escher In Madchester
Acrylique et encre de Chine sur papier — 150 × 200 cm — 2026
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Alors, "Alors, après cela, que vous reste-t-il pour retrouver un semblant de paix intérieur ?
Des bouchons d’oreille, dont la signalétique historique illustra en des temps anciens et à elle-seule, tout un univers post-punk en expansion, issu des ruines d’une nation qui, entre deux tasses d’Earl Grey découvrirait bientôt les délices d’une amine sympathicomimétique.
Le méthylènedioxyméthamphétamine, tel un exhausteur de goût associé à une musique artisanale répétitive - faite à la maison à grands renforts d’émulateurs et de sampleurs - boostera jusqu’à épuisement le pouls juvénile de l’ultime utopie-socio-culturelle-électro-millénaire trop vite dépecée par une société́ du spectacle jubilant d’avoir mis à genoux la notion même de clandestinité́ interlope, en détournant le fleuve Underground à sa source."
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Alice Au-delà Des Merveilles
Acrylique et encre de Chine sur papier — 150 × 200 cm — 2026
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" Quarante ans plus tard, les Pays-Bas, toujours en avance d’une législation, s’apprêtent à légaliser la molécule de synthèse du bonheur et de l’amour, pour la plus grande satisfaction du P.I.B Néerlandais.
Est-ce bien raisonnable quand on sait qu’Alice, de son vrai nom Cindy, est maintenant trois fois grand-mère ?
Elle gère ses rb’n’b à travers les grandes villes gentrifiées d’Europe, et son ami le lapin blanc vit de ses rentes après avoir trainé en justice les héritiers de Charles Lutwidge Dodgson (aka Lewis Caroll) pour détournement politico-culturel malaisant de la condition animale.
En parallèle, il finance les recherches de ses associées du cartel des colombes sur un nouveau type de Modafinil, secrètement appelé : Nu-NZT.2 " |
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Principe De Recouvrement Onirique
Acrylique, encre de Chine et feutre sur papier — 150 × 200 cm — 2026
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Mais qu'en est-il lorsque les effets du rêve, chimique ou organique, se dissipent comme une couleur n'arrivant pas à se fixer au noir et blanc ?
Rien de particulier.
L'histoire continue et se construit en révélant, puis se révèle en construisant. Rien n'est jamais décidé à l'avance. Rien n'est laissé au hasard non plus.
Une logique semble s’extirper du sillage de la licorne-kangourou amoureuse de son vétérinaire. |
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Émergence Cohérente
Acrylique, encre de Chine et feutre sur papier — 150 × 215 cm — 2026
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On dit que d'anciens club-kids, survivant à leurs errances polymorphes et rassasiés de vide, retrouvent doucement un semblant de cohérence.
Les couleurs primaires émergent à nouveau, toujours présentes et promptes à habiter le grand collage structurel des situations du quotidien 3D, sans avoir besoin de prouver quoi que ce soit en dehors de leur propre vibration stabilisante, et, peut-être simplement juste. |
| Voir les expositions. |
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Denis Brun — Marseille
www.denisbrun.com |
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